2017

Ne nous laissons pas voler 2017

Tribune au FigaroVox (07/07/2015)

Les ingrédients de l’élection présidentielle de 2017 sont désormais bien en place. Et la potion est amère.

A gauche, François Hollande va se représenter après avoir poursuivi pendant 5 nouvelles années ce « libéralisme à la française » qui tire la France vers le bas depuis maintenant 30 ans, et dont la devise économique et sociale pourrait être : «  faible avec les forts, fort avec les faibles ».

Il aura été faible avec le patronat en lui accordant des exonérations de charges sociales sans contrepartie et en soutenant les initiatives européennes d’Union des Marchés de Capitaux ou de Traité transatlantique. Faible également avec les professions réglementées et leurs rentes en proposant une loi Macron sans contenu et en cédant à la violence des taxis la semaine dernière.

François Hollande aura en revanche été fort avec les salariés des PME, salariés de deuxième classe qui ne disposent pas des mêmes garanties en termes de représentation et dont les plafonds d’indemnités de licenciement sont plus faibles. Fort également avec la Grèce, qui se trouve dans une position très difficile avec une contraction de près de 25% du PIB et du pouvoir d’achat et une explosion du chômage (27%) et de la pauvreté après avoir fait des efforts considérables ces dernières années (diminution drastique des retraites, augmentation de la fiscalité, excédent primaire du budget depuis janvier 2014), mais que la France, avec ses partenaires européens, a néanmoins décidé de lâcher.

Et par-dessus tout ça, pour que la France n’explose pas socialement, il aura remis une couche supplémentaire d’Etat Samu social, avec des emplois-aidés et la garantie-jeunes, l’autre nom du RMI-jeunes.

A droite, c’est un Nicolas Sarkozy très affaibli qui devrait se présenter lui aussi à nouveau. Sans programme, plombé par son mauvais bilan de 2007-2012, interpellé en permanence sur ses démêlés avec la justice, il se contente, dans un remake de sa campagne ratée de 2012, de tenter de choquer sur le thème de l’immigration, comme la semaine dernière avec sa comparaison entre l’afflux de migrants en Europe et une canalisation trouée.

Il ne doit son salut qu’à l’absence d’alternative crédible à l’UMP, à son contrôle de l’appareil du parti, qui lui donne un avantage considérable, et également à l’alliance objective qui le lie avec François Hollande : la présence de Nicolas Sarkozy légitime celle de François Hollande et maximise les chances de celui-ci au second tour ; reste juste toutefois pour François Hollande à passer le premier.

Ce contexte est évidemment idéal pour Marine Le Pen. Elle apparaît en effet comme la seule candidate à même d’apporter quelque chose de nouveau en 2017.

Et comme elle a réussi à sortir son père du jeu sans trop de casse, elle est presque certaine d’être au second tour, et elle est surtout pour la première fois en position de remporter l’élection présidentielle. Les régionales de fin 2015 lui permettront en outre de passer un nouveau palier de crédibilité.

Doit-on se résigner dès à présent à ce scénario absolument déprimant d’un nouvel affrontement entre les trois mêmes prétendants qu’en 2012, Nicolas Sarkozy, François Hollande et Marine Le Pen, et d’une victoire possible de cette dernière ?

Pourquoi la politique française est-elle si sclérosée ?

La décentralisation initiée en 1982 tient sans doute ici une part de responsabilité très importante. D’abord parce qu’en créant un nombre considérable de collectivités locales, elle a permis de faire vivre toute une population de politiques professionnels à vie, même en cas d’alternance politique au plan national.

Ensuite parce qu’il s’agit d’une fausse décentralisation : les collectivités locales françaises sont petites, et leurs exécutifs, pléthoriques, ont en fait très peu de responsabilités et d’autonomie. En pratique, l’essentiel de leurs tâches consiste à administrer des politiques décidées au plan national (aides sociales, enseignement supérieur, etc.).

Rien à voir donc en termes de responsabilités politiques et techniques entre un Ministre-Président de Land allemand, ou un gouverneur ou un General Attorney américains, et un président de conseil général ou régional français.

Dès lors, les collectivités locales ne sont pas en France le vivier de dirigeants politiques qu’elles sont ailleurs. Bien au contraire, c’est du fait de la décentralisation que la classe politique française est constituée désormais principalement de professionnels de la politique, apparatchiks des partis, collaborateurs des assemblées et des collectivités locales. Contrairement à ce que l’on peut penser, il ne s’agit donc pas d’un problème de génération. Au contraire, la génération politique qui arrive est encore plus coupée des réalités économiques que la précédente.

Dans cette situation, que faut-il faire ?

La bonne réforme de long terme, à la fois pour la bonne gestion du pays, et pour renouveler la classe politique, serait de décentraliser enfin la France, avec des collectivités locales de grande taille et autonomes. Mais c’est une réforme de long terme qui ne permettra pas de sauver 2017, ni même probablement 2022. D’autant que c’est une réforme qui ne sera sans doute jamais votée par la classe politique actuelle, qui y a tant à perdre pour son confort, ses revenus et son monopole sur la politique.

La création de nouveaux partis politiques peut sembler une option, au vu notamment des expériences récentes en Grèce, en Italie et en Espagne. Pas sûr néanmoins que les conditions soient comparables avec celles de la France : dans ces pays, les partis traditionnels étaient discrédités en tant qu’institutions, ce qui n’est pas exactement le cas en France, ou en tout cas pas à ce point.

Par ailleurs, l’histoire récente montre qu’il est très difficile pour les nouveaux partis d’émerger médiatiquement en France, et qu’ils sont sujets aux mêmes travers que les partis traditionnels (capture des postes clés par des politiques professionnels, fonctionnement en circuit fermé), les capacités logistiques en moins. Sur les quinze derniers jours, ce sont ainsi pas moins de 3 petits partis qui ont explosé en plein vol (MRC, Nous Citoyens, Nouvelle Donne), à chaque fois du fait de querelles de personnes à leur tête.

Mais heureusement, tout n’est pas perdu car il reste bien une option pour rebattre les cartes au sein de la classe politique et peut-être sauver les élections de 2022, voire même celles de 2017 : mettre en place des primaires ouvertes. Ouvertes non pas au sens où on l’entend aujourd’hui, c’est-à-dire à des votants extérieurs aux partis ; ouvertes à des candidats extérieurs aux partis.

Aujourd’hui, les primaires, qui ont été vendues par le PS et LR ex-UMP comme un instrument démocratique, n’en sont pas : elles sont réservées aux apparatchiks de chaque parti. Ainsi au sein de LR pour se présenter à la primaire de 2016 il faut recueillir le parrainage de 20 parlementaires, 2 500 adhérents et 250 élus : c’est beaucoup plus que les règles d’éligibilité à l’élection présidentielle elle-même, qui demande seulement 500 parrainages d’élus !

Les principaux partis sont les infrastructures de la vie politique ; c’est pour ça qu’ils reçoivent un financement public ; c’est pour ça également qu’ils doivent être ouverts à tous. Michael Bloomberg l’avait bien compris en 2001 lorsqu’il a choisi de se présenter aux primaires républicaines à New York, plutôt qu’à celles du parti démocrate, son parti jusqu’à présent mais dont les primaires étaient plus compétitives : il a choisi la meilleure infrastructure. Il a ensuite été réélu à 2 reprises.

Evidemment, là aussi, la classe politique actuelle n’a aucun intérêt à ouvrir le jeu. Alors enfonçons la porte ! Demandons à la justice de trancher : est-il normal que les principaux partis politiques reçoivent des financements publics, et que dans le même temps ils fixent des règles d’éligibilité pour leurs primaires plus contraignantes que celles de la présidentielle ?

Le droit à l’éligibilité est aussi important que le droit de vote, mais il n’est pas acquis en France. Il faut donc le conquérir. Voilà le combat qu’il faut mener dans les prochains mois, pour tenter de sauver 2017, et aussi accessoirement la démocratie représentative, le pire des régimes à l’exception de tous les autres déjà essayés dans le passé, comme disait Churchill.

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