Hollande vs. Sarkozy : quel bilan économique ?

Interview sur Atlantico.fr (19/05/2016)

Ce mardi, François Hollande a déclaré sur Europe 1 qu’il y avait eu sous son quinquennat 600 000 chômeurs de plus, alors que son prédécesseur Nicolas Sarkozy avait vu, de son côté, le nombre de chômeurs augmenter d’un million lors de son mandat. Une affirmation qui a pu être contestée par de nombreux médias, mettant en avant la liberté prise par François Hollande sur ces chiffres. Cependant, une telle comparaison est-elle pertinente ?

La comparaison n’a effectivement aucun sens.

Politiquement d’abord. En septembre 2012, François Hollande s’est fixé à lui-même comme objectif « l’inversion de la courbe du chômage ». C’était sans aucun doute une énorme erreur de communication. Mais désormais, cette promesse existe, elle est là. Et il n’est pas question dans cette promesse de comparaison avec le bilan de Nicolas Sarkozy.

Economiquement également, la comparaison n’a pas de sens.

D’abord parce que l’environnement macro-économique n’est absolument pas le même.

Notamment, le prix du pétrole a chuté, l’euro a baissé et la BCE a fortement amplifié sa politique monétaire accommodante.

L’impact des deux premiers paramètres, le pétrole et l’euro, est difficile à appréhender.

La baisse du prix du pétrole est plutôt positive pour le pouvoir d’achat des ménages et la balance commerciale. Mais en contrepartie, cela a mis en grande difficulté les entreprises du secteur parapétrolier comme CGG et Vallourec, et plus largement tout le secteur de l’énergie, en entrainant à la baisse le prix de l’électricité.

La baisse de l’euro a quant à elle un impact plutôt négatif pour le pouvoir d’achat, surtout pour les moins aisés dont la plupart des achats sont produits hors de la zone euro. L’impact est en revanche positif a priori sur la compétitivité des entreprises hors de la zone euro, à condition toutefois de supposer que le prix est le principal facteur de compétitivité pour l’économie française, ce qui n’a rien d’évident.

En revanche, l’impact de la politique monétaire de la BCE est plus prévisible. Une politique monétaire accommodante, lorsque les fondamentaux sont bons, conduit à plus d’investissements dans les entreprises, et plus de consommation chez les ménages. Mais lorsque l’industrie n’est pas compétitive et les ménages déprimés, une politique monétaire accommodante ne produit rien, si ce n’est des bulles sur les actifs et de l’épargne de précaution.

Et c’est malheureusement ce qui s’est produit en France, avec une croissance atone, un chômage qui a continué à augmenter, et une bulle sur les actifs financiers, notamment obligataires.

Les chiffres du chômage sont donc relatifs à l’environnement. Par ailleurs, ils ne peuvent pas être appréciés isolément sans tenir compte des autres variables économiques. Il faut ainsi prendre également en considération le taux d’activité, la qualité des emplois ou encore le nombre de personnes aux minima sociaux pour apprécier le fonctionnement du marché du travail.

Et là les performances sont très mauvaises depuis 2012. Le nombre de foyers titulaires du RSA socle par exemple a ainsi progressé de 20% depuis 2012 et s’approche des 2 millions.

 

Dès lors, comment serait il possible de « comparer » les bilans des deux quinquennats ? Quel serait le résultat d’un tel match ?

Pour comparer deux quinquennats, il faudrait d’abord savoir quelle est la stratégie économique à moyen terme, et ensuite se demander si cette stratégie est bien mise en œuvre.

Si la stratégie économique de moyen terme est de placer la France en concurrence frontale avec les pays à bas coûts dans une logique low cost / low innovation, alors Nicolas Sarkozy a été très bon, et François Hollande exceptionnel, puisque sa principale mesure économique a consisté en de nouvelles réductions de charges sociales massives sur les bas salaires, les charges patronales au niveau du SMIC étant même désormais nulles.

En revanche, si la stratégie économique est de positionner la France comme une économie innovante et haut de gamme, Nicolas Sarkozy a été mauvais, et François Hollande exécrable. Le bilan de Sarkozy dans ce domaine est maigre, mais on peut quand même lui attribuer l’élargissement du Crédit impôt recherche. En revanche, depuis 2012, il ne s’est rien passé. Et dans les faits, le départ des diplômés de l’enseignement supérieur s’accélère, les jeunes entreprises innovantes sont de plus en plus rachetées par des groupes étrangers, et la France ne compte toujours pas, près de 20 ans après la création d’Iliad, un nouveau grand groupe technologique.

Ce ne sera sans doute pas plus facile de comparer les bilans lors du prochain quinquennat car personne ne semble vouloir définire explicitement sa stratégie. On ne peut que la deviner au vu des mesures proposées.

Et là, à droite, visiblement tous les candidats à la primaire se placent dans la continuité avec leurs prédécesseurs depuis 25 ans, c’est-à-dire la paupérisation de la France par des politiques récessives et low cost.

A gauche on imagine que François Hollande continuera lui aussi sur cette logique, qui a été la sienne depuis 2012. En revanche, pour ses éventuels concurrents, il n’est pas possible de dire quelle est leur stratégie économique, explicite ou implicite : ni Macron ni Montebourg n’ont articulé pour l’instant de stratégie économique, ni de propositions concrètes.

 

François Hollande a fait de l’inversion de la courbe du chômage une condition sine qua non de sa candidature pour l’élection présidentielle de 2017. Si jamais cette courbe s’inversait effectivement et durablement, le président de la République pourrait-il vraiment s’en octroyer la responsabilité ?

Si les circonstances le lui permettent, sans doute s’attribuera-t-il cette responsabilité, mais ce sera mentir aux Français.

D’abord parce que, comme nous venons de le voir, les chiffres du chômage dépendent beaucoup du contexte macro-économique, et qu’ils ne donnent qu’une vision très partielle de la situation économique du pays.

Ensuite parce que cela l’exonèrera une fois de plus de parler de sa stratégie économique, et de son utilisation des leviers qui dépendent véritablement de son action, qui devraient pourtant être le cœur de sa responsabilité politique.

En particulier, on peut imaginer sans grand risque que François Hollande parlera peu de l’enseignement, alors même que l’enseignement est en France essentiellement public, ce qui lui donne donc toute latitude d’action, et que c’est le principal levier d’action publique, avec la politique migratoire, sur l’économie à moyen terme.

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