David Cameron défie l’Europe : ce que la France devra aussi renégocier au sein de l’UE

Tribune au Plus de l’Obs (02/06/2015)

Les conservateurs ont obtenu la majorité absolue aux dernières élections législatives au Royaume-Uni, notamment sur une promesse : poser aux Britanniques la question, par référendum et au plus tard en 2017, de l’appartenance du Royaume-Uni à l’Europe.

 

Depuis les élections, David Cameron a détaillé la liste de ses revendications vis-à-vis de l’Europe, qui pour la plupart nécessitent de modifier les traités européens : plus grande libéralisation des échanges, limitation de l’immigration venant d’Europe, renforcement du pouvoir du parlement britannique, exemption de la City de certaines règles.

 

Surprise : la démarche de David Cameron a reçu la semaine dernière un accueil plutôt favorable de la part d’Angela Merkel. La route est encore longue, mais David Cameron pourrait donc réussir son pari de renégocier le statut du Royaume-Uni dans l’Europe.

 

La France soutient la libéralisation des échanges

 

En comparaison, la France semble ne pas avoir de position forte de vis-à-vis de l’Europe. Mais ce n’est qu’une impression. En pratique, le gouvernement français suit une ligne très claire. La France s’attache d’abord, comme elle l’a toujours fait depuis maintenant 60 ans, à maximiser le retour financier de son appartenance à l’Europe.

 

Au-delà des outils traditionnellement mobilisés par la France (Politique agricole commune et fonds européens), c’est ainsi l’Europe, aussi aberrant que cela puisse paraître, qui finance aujourd’hui le RMI jeunes (appelé pudiquement « garantie jeunes ») ou encore la rénovation des lycées d’Île-de-France, par l’intermédiaire du « plan Juncker ».

 

Par ailleurs, aujourd’hui encore plus qu’hier, et souvent contre ses propres intérêts, la France appuie les initiatives des institutions européennes en faveur de la libéralisation des échanges, et bloque les propositions qui pourraient restreindre celle-ci.

 

Le gouvernement français a ainsi soutenu l’Union bancaire, mise en place en 2014. Avec l’Union bancaire, les États ont abandonné un élément majeur de politique économique, le contrôle des banques, soi-disant pour accompagner la création d’un marché bancaire européen intégré, qui n’existe pourtant absolument pas aujourd’hui.

 

Le gouvernement français est favorable au TIPP

 

Le gouvernement français soutient également l’initiative dite d’Union des marchés de capitaux (UMC), actuellement en discussion, dont l’objectif est d’augmenter la part du financement des entreprises par les marchés de capitaux, alors que la crise financière a montré quelles pouvaient en être les conséquences.

Enfin, le gouvernement est favorable au TIPP (Transatlantic Trade and Investment Partnership), accord de libre échange négocié actuellement par l’Europe avec les États-Unis, qui vise à supprimer des barrières aux échanges dites « non-tarifaires » – appellations d’origine, normes, etc. Le TIPP, tel qu’il est conçu aujourd’hui, semble pourtant surtout favorable aux grands groupes américains.

 

À l’inverse, la France fait partie des États qui ont bloqué l’instauration au plan européen d’une taxation sur les transactions financières. La France a également contribué à vider de toute portée pratique la proposition de Michel Barnier d’opérer une séparation au sein des principales banques entre les activités risquées et les autres.

 

Et bien sûr, la France a usé de toute son influence pour s’assurer de la nomination d’un Français au poste de Commissaire européen aux Affaires économiques, pour maîtriser les procédures européennes de revue de ses finances publiques.

 

Une politique économique mal maîtrisée et mal assumée

 

Le gouvernement français poursuit donc à Bruxelles la même politique qu’à Paris : une libéralisation économique mal maîtrisée techniquement, et mal assumée politiquement. C’est cette politique de libéralisation, accompagnée du gonflement continu d’un État Samu social, qui recueille tous ceux qui ne trouvent pas leur place dans cette économie libéralisée, que j’ai appelée le libéralisme à la française.

 

Si en 2017 un nouveau gouvernement souhaite sortir du libéralisme à la française, il devra lui, comme David Cameron, renégocier avec l’Europe plusieurs dossiers majeurs. Il devra d’abord négocier la sortie de la France de l’Union des marchés de capitaux et du traité TIPP, s’ils sont déjà en place.

 

Il devra également négocier la sortie de la France de l’Union bancaire et la renationalisation de la politique monétaire. Car s’il n’est sans doute pas souhaitable que la France sorte de l’euro, il est aberrant de continuer à avoir une politique monétaire commune, qui prépare la prochaine crise financière.

 

La France aura toutefois alors deux avantages par rapport au Royaume-Uni : ne pas être la première à renégocier, et ne pas avoir besoin probablement de modifier les traités, y compris pour renationaliser la politique monétaire.

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