Douze ans après le vrai bilan de l’euro est globalement positif

Tribune aux Echos (06/08/2013)

En dépit de ses fragilités, la politique monétaire dommageable de la BCE, l’irresponsabilité de certains Etats surendettés ou des banques insuffisamment régulées, aucun de ses membres n’a aujourd’hui intérêt à sortir de la zone euro.

Il y a vingt ans, au moment du traité de Maastricht, on pensait que l’euro faciliterait les échanges, créerait un marché financier intégré et doterait l’Europe d’une devise internationale de réserve et d’échange, une devise forte avec des taux d’intérêt bas. Certains anticipaient certes des difficultés à définir une politique monétaire commune, du fait de l’hétérogénéité des économies européennes, ainsi que des probables comportements de « passagers clandestins » de la part des plus petits Etats, tentés de profiter de taux d’intérêt bas. Mais ces difficultés ne devaient être que temporaires, les économies devant converger rapidement.

En pratique, l’euro n’a remis en question ni la prééminence de Londres comme première place financière européenne ni l’hégémonie du dollar dans le système financier international. L’euro ne s’est pas fortement apprécié : le taux de change effectif réel est aujourd’hui proche de son niveau de 1999. Les échanges en zone euro n’ont pas connu d’accélération, et le secteur bancaire est resté peu intégré.

Par ailleurs, les économies n’ont pas convergé. Dans les premières années de l’euro, l’Espagne, le Portugal, la Grèce et l’Irlande étaient en surchauffe, alors que l’Allemagne restaurait sa compétitivité et ses comptes publics après la réunification. Désormais, les pays autrefois en surchauffe connaissent un ajustement brutal, un chômage de masse et la récession tandis qu’en Allemagne la consommation et le marché immobilier progressent, et les entreprises manquent de main-d’oeuvre. Cette situation n’est pas étonnante; aux Etats-Unis, les divergences sont encore plus fortes.

Dans ce contexte d’économies désynchronisées, la Banque centrale européenne (BCE), focalisée uni-quement sur l’indice des prix à la consommation, a laissé filer dans les années 2000 la masse monétaire à plus de 10 % par an. Beaucoup d’Etats ont profité de cet afflux de liquidité et des taux bas pour développer des modèles économiques fragiles (systèmes bancaires et secteurs immobiliers irlandais, espagnols et chypriotes; dettes publiques grecque, portugaise…).

La réalité a donc été différente de ce qui était prévu et l’euro a suscité beaucoup de déceptions, particulièrement ces cinq dernières années de crise.

Mais le bilan de l’euro ne doit pas s’arrêter là. L’euro a créé une véritable solidarité entre les Etats membres. Pendant les années 2000, tous les Etats ont bénéficié de l’euro, de ses taux d’intérêt bas et de sa parité faible. Et, aujourd’hui, aucun Etat n’a intérêt à sortir de l’euro, que ce soit les Etats exportateurs du Nord, qui souffriraient de l’appréciation du change, ou les Etats endettés du Sud, qui pâtiraient d’une hausse des taux d’intérêt.

Douze ans après le passage à l’euro, alors que les mesures d’urgence pour faire face à la crise actuelle ont été posées (Mécanisme européen de stabilité), l’enjeu est de tirer, de manière pragmatique, les enseignements de ce premier cycle économique de l’euro.

Les initiatives présentées par la France et l’Allemagne le 30 mai préconisent une plus grande intégration de la gouvernance de la zone euro et de la régulation bancaire. Ces réformes institutionnelles seront difficiles à mener, dans un contexte de résistance aux transferts de souveraineté. De plus, elles ne suffisent pas à traiter les principales fragilités de l’euro.

La BCE est la première source de fragilité de la zone euro. Ses objectifs et sa gouvernance, tels qu’ils sont définis aujourd’hui, ne l’ont pas empêchée d’adopter dans les années 2000 une politique monétaire particulièrement dommageable.

Le niveau d’endettement de certains Etats constitue la deuxième fragilité de la zone euro. Une plus forte intégration de la gouvernance de la zone euro ne suffira sans doute pas à assurer qu’à l’avenir les Etats adoptent des comportements responsables. Elle pourrait être combinée a une autre mesure : la réalisation d’émissions obligataires communes. Non pas des eurobonds à 17, déresponsabilisants, mais des émissions solidaires de quelques Etats de ratings proches, comme l’Allemagne, la France, les Pays-Bas et la Belgique, signes de la solidarité de ces pays au sein de l’euro.

Enfin, les banques, qui ont souvent participé aux bulles financières et ont parfois pris des risques exagérés, sont la troisième fragilité de la zone euro. Les propositions actuelles sur la régulation européenne du secteur, ainsi que les mesures de cantonnement des activités « spéculatives » adoptées par certains Etats, seront difficiles à mettre en oeuvre. Des mesures plus simples sont envisageables, comme de demander aux banques d’isoler leur activité en euro, afin de s’assurer que les liquidités injectées par la BCE et les garanties données par les Etats profitent bien à la zone euro.

Tirer les enseignements de ce premier cycle économique sur la BCE, le financement des Etats et la régulation des banques : voilà les enjeux pour l’euro, pour que dans le prochain cycle tout se passe un peu plus comme prévu.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :